Cela fait une semaine et trois jours que tu as emménagé en France. À ta grande surprise, tu n’as pas de colocataire. Tu te dis sûrement : super, la liberté de faire ce que je veux chez moi. Mais voilà le piège : nouveau pays, nouvelle ville, nouvelles têtes , et en plus, une petite ville où tout le monde reste dans son coin. Sans oublier, peut-être, le fait d’être Noir(e) dans un environnement majoritairement blanc.
Tu as fait des promenades, même un tour en ville le week-end. Tu as essayé de contacter une autre Kényane qui habite à trente minutes d’ici , pour te rendre visite ou l’inviter. Mais la réalité, c’est que ce n’est pas comme au Kenya. Trente minutes ici, c’est une expédition ! Pas de transport public entre les petits villages — il faut une voiture ou marcher. Tu vas sans cesse au supermarché, en espérant rencontrer quelqu’un qui deviendra ton ami(e) et qui habite dans les environs.
Vivre seul(e) à l’étranger, personne ne te prépare vraiment à la solitude. On te l’avait dit, mais tu ne pensais pas que ce serait à ce point.
Comment ça, je ne peux pas juste aller chez ma voisine, m’asseoir sur le perron, rire, boire du thé ou grignoter des frites ? On ne peut pas cuisiner ensemble, faire les courses, aller à l’église côte à côte ?
Bien sûr, tu pourrais appeler ta famille ou tes amis restés au pays, mais ce n’est pas pareil. Tu envies ceux qui ont au moins un colocataire — quelqu’un avec qui se chamailler pour la salle de bain, les plats dans l’évier ou le repas du jour. Soupir.
Et les événements locaux ? Ils sont tous en ville ,encore des frais à prévoir. La vie est chère, on le savait. Te voilà donc, à 21h, sans travail aujourd’hui, sans contact humain depuis hier. Tu repenses à ces soirées où tu rentrais chez toi, entre les appels de ton père, les histoires de ton petit frère, et les potins partagés avec ta nounou devenue ta sœur.
Maintenant, il ne reste que ta musique, tes balades du soir, les tâches du magazine, tes livres de coloriage, Netflix, tes dîners pas très sains …et toi.
Un mois plus tard, la lourdeur ne t’a pas quitté(e). Tu as pris deux semaines de vacances pour retrouver des gens de ton pays. Rires, jeux ,tu te dis enfin que tout commence à aller mieux. Mais au fond, cette petite voix revient : et si je me sentais mieux chez moi ? Peut-être que la nostalgie parle. Ce sentiment familier te rappelle combien tu veux rentrer, retrouver les tiens. Tu te demandes si tu exagères, si tu deviens folle, ou si tu souffres simplement.

Tu t’accroches à la positivité, tu veux que ce rêve à l’étranger fonctionne, mais le poids s’alourdit de jour en jour. Le retour à ton appartement ressemble à un retour en prison. Tu ouvres la porte, et voilà l’ombre de la dépression qui t’accueille.
Tu te dis : allez, un bain chaud, un peu de musique douce. Mais ensuite ? Tu pourrais rester là cinq jours, personne ne frapperait à ta porte. Personne ne viendra te sauver.
Deux jours passent. Tu cuisines, ouvres les rideaux, te défais les cheveux, appelles quelques amis, travailles sur ton magazine. Et pourtant, à la fin de la journée, c’est toujours là. Pourquoi cette tristesse ne me lâche-t-elle pas ?
Aucun contact humain depuis 72 heures. Tu te noies. Tu es une prisonnière libre de partir. Tu restes affalée sur le canapé, tu manges tard, tu ne réponds plus aux messages, tu ne prends plus de douche. On t’invite à sortir, mais tu n’as plus la force. Alors tu restes là, à regarder le ciel gris, à pleurer, dormir, pleurer, dormir… encore et encore.
Est-ce vraiment le rêve à l’étranger dont tu fantasiais ?